Les Assises de la Chasse se concluent sur une résolution

Ce samedi 1er décembre 2018 avait lieu les Assises de la Chasse à l’initiative de la Collectivité Territoriale de Guyane qui souhaitait proposer un espace d’expression pour les sympathisants de cette pratique afin de débattre des changements induits par les évolutions de la réglementation qui l’encadre, plus particulièrement la loi EROM 2017. Cette rencontre ouverte au public a réuni les collectifs de chasseurs, les autorités coutumières, les conseillers territoriaux et notamment leur Président Rodolphe ALEXANDRE, le Sénateur Antoine KARAM, le Député Gabriel SERVILLE et certains maires et  leurs représentants.

A l’issue des temps de présentations et de débats montrant notamment une opposition aux dispositions légales telles que le permis de chasse et la carte des zones de chasse, une résolution a été votée à l’unanimité marquant la volonté commune des acteurs de lancer un processus afin que la législation soit adaptée aux spécificités de l’exercice de la chasse en Guyane, qui reste très prégnante dans les traditions locales.

Vous pouvez retrouver ici la dite-résolution dans son intégralité : RESOLUTION – ASSISES DE LA CHASSE.

Par la suite, il est prévu qu’elle soit transmise au CECESEG  et au Grand conseiller coutumier pour avis, avant d’être soumise au vote de l’Assemblée des élus territoriaux lors de la plénière du 10 décembre 2018.

Pour aller plus loin :

Pendant le débat, les échanges ont convergé mettant en avant un consensus : les valeurs fortes de la chasse portées par les traditions des différentes communautés de Guyane. Nombreux sont les acteurs qui ont évoqué leurs souvenirs d’enfance, rappelant avec émotion les moments d’apprentissage de la chasse. En effet, cette pratique est pour tous une affaire d’initiation où l’écoute et le respect sont déterminants.

Carmélien MADERE, représentant les collectifs fut le premier à intervenir afin de rappeler les enjeux de la séance. Au de-là des différentes présentations, il s’agissait de faire aboutir la réflexion menée aujourd’hui à une action concrète en vue de faire évoluer la législation ou du moins que les dispositions en cours soient sous l’effet d’un moratoire.

Plusieurs présentations ont eu lieu et chacune fut ponctuée par des questionnements de la part du public présent.

L’histoire des pratiques de chasse en Guyane a été décrite par Patrick COSSET et Charles GONCALVES, tous les deux, membres de l’Association des chasseurs de Sinnamary.

Mylène ELI, juriste au sein de  la CTG est revenue sur la règlementation de la chasse en Guyane avant et depuis la loi EROM. Aux interrogations soulevées sur les recours possibles contre la législation en vigueur, il fut donc rappelé que « seule une loi peut abroger une autre loi ». Un moratoire pourrait être établi afin de suspendre l’article 83 de la loi EROM, laissant le temps aux élus parlementaires de travailler sur des dispositions spécifiques.

Jean – Philippe CHAMBRIER de l’association FOAG a amené la réflexion en cours sur la conciliation des pratiques traditionnelles de chasse, la préservation des espèces amazoniennes et la question foncière. A cette occasion, il fut particulièrement question de la carte des zones de chasse qui tient compte des réserves naturelles existantes sur le territoire guyanais mais pas des lieux de chasse traditionnels des communautés autochtones ou des difficultés d’accès pour les chasseurs.

Puis, Youne EDWIGE et  Samuel TISSERAND, membres de l’Association Tchô dan bwa ont conclu la première partie de cette journée.

Par la suite, en seconde partie, témoignant sur leurs pratiques, les représentants des chasseurs ont voulu démontré que la notion de « développement durable » était présente bien avant que le droit y fasse allusion. En voici quelques extraits :

Gustave MARCILLON  de l’Association Soukourou s’est félicité du fait que La loi EROM aura eu le mérite de fédérer les chasseurs de Guyane. Il a tenu à rappeler le caractère naturel, sauvage de la chasse sur le territoire et de l’évidence partagée de tous que si les milieux n’étaient pas entretenus, le vivier disparaitrait.

Roger LABONTE de Saint Georges  a évoqué en créole, les connaissances liées à la chasse et la pêche notamment sur le cycle de vie et donc de reproduction des animaux.  Il a partagé son émotion de voir aujourd’hui ses proches se procurer des denrées alimentaires transformées, assurément moins saines.

Autre intervention, Jean Luc MAIS qui s’est décrit comme un enfant du fleuve : « C’est grâce à la chasse que je suis ce que je suis. Elle fait partie de l’éducation de l’Homme guyanais. C’est lors de la chasse qu’il y a transmission des savoirs ancestraux. La chasse c’est toute une éducation mais également un moment spirituel. » Il a rappelé que la chasse est liée à la vie des communautés. Il donne l’exemple des enterrements où certains gibiers sont consommés. Or, la mise en place de période de chasse irait à l’encontre de ces pratiques et des croyances associées.

Laurent YAWALOU, chasseur originaire de 3 sauts, a tenu à préciser : «C’est la forêt qui nous nourrit, c’est le fleuve qui nous nourrit, c’est la nature qui nous nourrit. Et nous la respectons, c’est un devoir». Il appuie que les chasseurs traditionnels n’ont aucune leçon à recevoir en matière de préservation de l’environnement.

L’agriculteur Patrick LABRANCHE a été le dernier intervenant, présentant son projet d’entreprise d’élevage et de commercialisation de « viande de bois ». Il a tenu à rappeler le nécessaire soutien de la CTG à la concrétisation de ce projet, après plusieurs années d’attente pour la simple instruction de son dossier.

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